Question orale sur le Sommet de New-Delhi sur le Développement durable.
Question de Mme Marie Arena au ministre du Climat et de l’Énergie sur “la mission du ministre au sommet de New Delhi en février 2010 sur le développement durable”
(n° 19297)
Marie Arena (PS): Monsieur le ministre, vous vous êtes rendu au sommet de New Delhi sur le développement durable. Cette première réunion ministérielle informelle a été un événement phare de l’Institut indien en matière d’Énergie et de Ressources naturelles (TERI) auquel participent différents acteurs tels que des entreprises, des membres des gouvernements, des organismes internationaux et d’autres instituts.
Le thème global était l’après Copenhague. On connaît les difficultés à aboutir à un accord à Copenhague. Cela mérite du travail à la veille de la présidence belge. J’aurais donc bien voulu connaître votre sentiment sur cette rencontre.
Quels sont les points qui ont pu être abordés ? Avez-vous senti une réelle volonté d’aboutir à un accord au sommet de Cancun? Des avancées ont-elles pu être constatées concernant les enjeux Nord-Sud et le financement des adaptations aux actuels et futurs changements climatiques? Avez-vous pu rencontrer certains de vos homologues afin de travailler sur des avancées significatives en préparation de Cancun? En bref, a-t-on progressé depuis Copenhague? Avez-vous constaté des signes positifs lors de ce sommet?
Paul Magnette, ministre: Madame la présidente, madame Arena, ce sommet, ce Delhi Summit Sustainable Development était en effet organisé par l’Institut indien en matière d’Énergie et de Ressources naturelles (TERI), sous la direction du président du GIEC, le Dr Pachauri.
C’est un événement privé, mais de très haut niveau, auquel étaient présents une vingtaine de chefs d’État et de très nombreux ministres et premiers ministres, ainsi que des représentants du secteur privé. De facto, c’était la première grande réunion multilatérale de haut niveau de l’après Copenhague, ce qui s’avérait une utile occasion de faire le bilan et, pour moi, de tenir une série de réunions bilatérales en un temps record, sur un lieu où se concentraient tous ces acteurs.
J’ai ainsi pu rencontrer mes homologues indien, mexicain, japonais, australien, rwandais, etc., des responsables des Nations unies, comme Nicolas Stern, responsable du panel de haut niveau sur le financement à long terme, et divers autres.
Le premier sentiment qui ressortait à la fois des séances plénières et de ces rencontres bilatérales, c’est que, si les points de vue restent très éloignés entre les différentes régions du monde il ne faut pas s’en cacher , néanmoins se dégage une unanimité plus que tacite sur le fait que Copenhague doit être considéré comme une bonne base de départ. Personne ne le remet en cause.
Pourtant, je rappelle qu’à Copenhague même, on n’est pas parvenu à adopter d’accord; on a seulement pris acte, en fin de nuit. C’est donc une certaine consolidation du socle de l’accord.
Deuxièmement, c’est qu’il y a eu unanimité, plus tacite mais intéressante, sur le fait que Copenhague ne doit pas être un accord alternatif aux accords-cadres des Nations unies, discutés depuis une vingtaine d’années, mais doit être un élément qui vient nourrir le processus des Nations unies. C’est important car le doute régnait à ce sujet au lendemain de Copenhague. Certains pays pouvaient donner à penser qu’on ferait finalement autre chose. Or sortir du cadre des Nations unies fragiliserait un régime international.
Par ailleurs, les attitudes des uns et des autres sont très variées. Le ministre indien de l’Environnement, M. Jairam Ramesh, une personnalité marquante en Inde, a une attitude très pragmatique: il considère que l’essentiel de l’effort doit être mis sur le fond et pas sur la forme.
On sent autant en Inde qu’en Chine, comme dans divers autres pays émergents, la question de la nature juridiquement contraignante, de l’architecture juridique de l’accord, tout cela passe largement au second plan, derrière des questions nettement plus concrètes de développement technologique, d’initiatives industrielles visant à réduire les émissions.
Du côté mexicain et du côté des Nations unies, ce qui était surtout intéressant était de mesurer la manière dont ils envisagent le déroulement des négociations et le fait que, sans jeter la pierre à personne ni faire de blaming, jeu non productif, l’on sent de la part de l’ensemble des parties la nécessité de tirer les leçons de Copenhague, d’exprimer que certaines choses n’ont pas marché et ne doivent plus se reproduire. Notamment, ne pas faire d’abord une coopération et voir ensuite les chefs d’État et de gouvernement; il vaut mieux agir de manière inverse, comme de multiplier les réunions préparatoires avant Copenhague afin de sentir l’émergence progressive d’un consensus et de donner tous les signaux d’égalité de traitement entre les États membres. Cet élément a joué dans la symbolique, donc dans les attitudes des uns et des autres dans les négociations. La transparence doit être totale dans les négociations, en particulier si l’on recourt à des forums restreints.
C’est souvent utile d’être moins que 192 autour d’une table, mais à chaque forum restreint se pose la question de la représentativité, de la transparence. La présidence mexicaine y est extrêmement attentive.
Enfin, la polémique nourrie par les climato-sceptiques avait, comme par hasard, repris de la vigueur juste avant le sommet de New Delhi. Elle visait à titre personnel M. Pachauri.
Au nom de la Belgique et de l’Union européenne, j’ai tenu à réaffirmer, avec mon collègue espagnol, tout notre soutien au GIEC et à son président, tout en demandant à cette organisation d’améliorer ses procédures de validation des données.
Qu’une erreur se produise, voire deux, c’est humain, surtout dans des rapports de 2 000 pages. Mais il importe d’éviter que cela ne provoque une critique du GIEC, voire de la science même. C’est pourquoi le GIEC doit renforcer ses contrôles internes. Dans ces conditions, nous lui avons réaffirmé tout notre soutien politique et moral.

